March Madness : C’est de la folie !

 

Littéralement « Folie de mars », la March Madness en NCAA n’a jamais aussi bien porté son nom. Contres, dunks, buzzer beater,… les Américains arrêtent tout (même le travail) pour regarder ces « gamins » jouer leur avenir dans un tournoi à élimination directe. Mais pourquoi est-ce autant la folie ? Pourquoi plus de 80.000 personnes assistent au Final Four ? Duse Magazine est allé à la rencontre de ceux qui vivent l’événement de l’intérieur afin de mieux comprendre cette « folie de mars » aux Etats-Unis.

Une « religion » aux Etats-Unis

Lorsque la March Madness approche aux Etats-Unis, on ressent l’excitation dans tout le pays. Si en Europe, c’est plutôt la NBA qui passionne en termes de basket, outre-Atlantique, le March Madness peut être comparée… à la finale de l’Europa League ! Alex Biggerstaff, journaliste sportif en France sur SFR Sport et spécialiste du basket universitaire américain depuis des années, explique cette folie générale. « Une de mes collègues parlait de religion. Aux Etats-Unis, le sport universitaire est quelque chose de culturel. Le fait de voir des « gamins » jouer leur avenir sur un tournoi rend ce mois complètement fou et intéressant. Certes, tous ne finiront pas pros mais beaucoup jouent leur carrière et ce qui est certain, c’est que la March Madness leur permet de se rapprocher de leur rêve de rejoindre un jour la NBA. » Mais ce qui est complètement dingue, c’est que le pays entier se retrouve à l’arrêt pendant tout le mois de mars. « Les gens qui travaillent regardent les matches sur leur ordinateur et tous espèrent voir leur université à la télévision. Les fans suivent leur fac et font les déplacements avec eux autour du pays », continue Corey Williams, ancien joueur de Mons et de Louvain qui a vécu la March Madness en tant que joueur en 1994 et qui est à présent commentateur pour la chaîne américaine ESPN. Une statistique, évoquée par Alex Biggerstaff, va encore plus loin. « Une étude a démontré que lors de la March Madness, on estime une perte à hauteur de deux milliards de dollars pour les Etats-Unis car beaucoup de salariés travaillent moins, voire pas du tout, durant le tournoi. Il y a un réel attachement culturel à sa faculté. C’est l’inverse de ce qui se passe en Europe où on est content de quitter son université qui représente souvent un mauvais moment dans une vie. Aux Etats-Unis, on vit et on se bat pour son unif. Pour preuve, même Michael Jordan vient encore voir les matches de North Carolina ! »

Gagner ou être éliminé

Contrairement à d’autres sports, dans le basket universitaire, on n’a pas droit à l’erreur. Soit tu gagnes et tu continues de rêver, soit tu perds et tu rentres à la maison ! C’est certainement cela aussi qui rend ce tournoi aussi excitant. Et ce n’est pas Corey Williams qui dira le contraire. « Tout est possible. Pour gagner, il ne faut pas spécialement avoir été le meilleur toute la saison. Il faut être bon au bon moment et ça rend les choses excitantes. Au collège, tout le monde est excité et c’est un moment magique même pour les petites universités qui ont l’occasion de se frotter aux meilleurs avec, finalement, autant de chances de s’imposer. Personnellement, en 1994, j’ai participé au Final Four avec Arizona et c’était complètement fou. J’ai eu la chance de jouer l’un des meilleurs matches de ma carrière. Mais tout ce qui nous entoure est dingue. On est traité comme des stars, il y a des journalistes partout et tout le temps. Lors d’un entrainement, il y avait plus de 3.500 personnes dans la salle ! Y participer, c’est tout simplement une chance et un honneur même si on n’a pas toujours l’occasion d’en profiter à fond puisqu’on a des matches à jouer. » Ce côté marche ou crève explique aussi cette folie pour Alex Biggerstaff. « La March Madness, c’est l’aboutissement du système universitaire car tout le monde peut rêver. C’est aussi ce qui fait la force des Américains. Dans le sport, ils sont tout simplement les meilleurs pour contextualiser, scénariser et raconter des histoires. Le fait qu’il y ait des têtes de séries permet de raconter des histoires et d’aller bien plus loin que la simple confrontation entre deux universités. Et forcément, quand une petite unif fait tomber un poids lourds, c’est la belle histoire de l’année. Tout est possible. Pour donner un exemple qui parle aux Européens et aux footballeurs, la March Madness, c’est un peu comme si on retrouvait 32 Leicester dans le même tournoi ! »

Une ambiance hors du commun

Le Final Four de la March Madness, c’est un sentiment inexplicable pour ceux qui ne l’ont pas vécu. Il faut s’imaginer une salle pleine à craquer avec en moyenne 75.000 personnes avec même une pointe à 100.000 spectateurs il y a quelques années à Dallas. La March Madness étant une sorte de religion aux Etats-Unis, tout est mis en œuvre pour en faire un événement hors normes. « Ceux qui ont déjà vu un match de basket dans une belle salle européenne se disent surement que c’est pas mal, sourit Alex Biggerstaff. Ceux qui ont déjà vu un match NBA au Madison Square Garden doivent certainement trouver ça incroyable. Mais le Final Four, c’est tout simplement le double ! On se retrouve dans une ambiance fermée, dans un stade de football américain avec des gens qui crient et qui hurlent tout le temps. » Et quand on a l’occasion de le vivre, il est parfois difficile de rester concentré. « Tu essayes de faire ton métier mais c’est impossible. Quand tu es passionné par l’événement, tu hallucines à chaque seconde. On a du mal à se rendre compte et on se dit que c’est complètement dingue les moyens qui sont utilisés pour mettre en valeur ces gamins. Personnellement, je me demande même s’il n’y a pas plus de journalistes que lors de la finale de l’Europa League ! » De son côté Corey Williams vit également cet événement de l’intérieur, en tant que commentateur à présent pour ESPN. « On est très proche du Superbowl et tout le pays est concerné. Même les gens qui n’aiment pas spécialement le basket font le déplacement. C’est un événement qu’il ne faut rater sous aucun prétexte. » Après l’avoir vécu comme joueur, l’expérience est encore différente en tant que commentateur. « Ce qui est excitant, c’est d’essayer d’imaginer ce que vont être les matchups. Il y a énormément de styles différents et on est obligé de regarder tous les matches car aucune équipe ne joue le même basket. La March Madness permet de découvrir des nouveaux coaches et d’apprendre de nouvelles choses. »

Même le président s’y met

Imaginez une seule seconde le président Hollande en train de remplir, en direct sur TF1, ses pronostics pour la coupe de France. Imaginez la même scène avec le Roi Philippe de Belgique pour la coupe de Belgique. Impossible vous me direz. Pourtant, aux Etats-Unis, c’est une réalité ! Même le président en personne joue le jeu des pronostics en direct et en fait un événement national ! « Les brackets permettent à tout le monde de s’impliquer dans la March Madness, explique Alex Biggerstaff. Vous imaginez le président Hollande dire qu’il verrait bien Maubeuge jouer la finale de la coupe de France ? Pas vraiment ! Mais aux Etats-Unis, même Barack Obama le fait. Chaque année, il prend une heure de son temps pour faire sa sélection officielle sur la télévision nationale. Rien que ça, le fait que l’homme le plus puissant du monde se passionne pour la March Madness, en dit long sur l’importance et l’ampleur de l’événement ! » Et même ceux qui n’y connaissent rien au basket s’amusent à remplir leur brackets. « C’est un autre côté fun de la March Madness, continue Corey Williams. Ma copine n’y connaissait pas grand-chose au basket et depuis quelques années maintenant, elle remplit aussi son bracket. C’est chouette car tout le monde peut donner son avis et jouer les surprises », conclut-il.

 

Au travers de ces deux témoignages, Duse Magazine a tenté de vous faire découvrir l’envers du décor afin de comprendre pourquoi, la March Madness est un tournoi qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte et pourquoi il porte aussi bien son nom ! Religion aux Etats-Unis, attachement à son université, avenir de jeunes qui rêvent de faire carrière, tournoi où tout est possible, ambiance qu’on ne retrouve nulle part ailleurs et même intérêt présidentiel,… je pense que maintenant les choses sont claires : la March Madness, c’est bien de la folie ! Sans oublier que presque toutes les stars NBA sont passées par-là. Saurez-vous dénicher les futurs Jordan, Kobe ou LeBron ? Il faudra avoir le nez fin et c’est un exemple de plus qui explique toute cette excitation autour d’un mois où l’Amérique entière arrête de tourner pour regarder des gamins de 18 ans jouer leur avenir sur les télévisions nationales dans une ambiance indescriptible !

 

Jay Brizzy